Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 19:27


I bet
    even
   Thomas Young's
            posterity
 didn't expect this one

Going through
            all
       the doors ?
  Why not ...


All I have to to
  after all
 is to consider
    that I am made of pure light
  Mostly
Is it so 
      difficult
   to achieve ?
 
  Quite a quantum leap
    in fact
 
But then
    ...
 how curious I am
    to see how
          I will 
            interfere
    with myself
           and expose
       light and darkness
           intimately
              intertwined
Par Shadow
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Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 01:11
Je déplaçais
    des objets
 sur mes étagères
 
Dans ma main
    il y avait ce dictionnaire
 qu'on m'avait offert
    il y a ...
  comme si c'était avant hier 
    
 Je me suis rendu compte
    alors
  que c'était mon livre
           le plus ancien
Il y a
   trente ans
 qu'il me suit


Cela fait
  trop longtemps
     que je ne l'ai pas ouvert
    
Il est temps
          d'apprendre
  de nouveaux mots

... au hasard ?

                  Presque

Par Shadow
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Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /Mars /2009 00:05


J'aimerais
   qu'un jour
on fasse une étude
  sur les motivations
 des conducteurs qui s'arrêtent
    si loin
  sur le passage piéton
 qu'ils doivent
    se tordre le cou
en arrière
  pour voir
        si le feu
    brûle encore
Par Shadow
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Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /Mars /2009 18:01


Imaginez un couloir
  de métro

Mettez-y
 quinze personnes qui se dépêchent
    pour attraper un autre métro
  huit personnes très pressées
       de rentrer chez eux
   quatre femmes qui marchent tranquillement
       se racontant ce qu'elles ont vu aujourd'hui en visite dans la ville
  un groupe de sept personnes qui sont perdues
    et qui ne sont pas sûrs qu'il y ait une sortie au bout de ce couloir
  un homme très âgé
    qui marche difficilement avec une canne
 une femme qui s'arrête subitement
     parce que son téléphone sonne
  trois jeunes filles qui font demi-tour
     parce qu'on les appelle derrière
une personne qui joue de la musique
    avec une flûte de pan
  un couple qui s'arrête devant une affiche
    promettant un prix très bas pour un voyage au bord de la mer d'une semaine
 une femme qui fait la manche
    avec un texte suspicieusement mal orthographié sur un morceau de carton
 deux jeunes garçons qui se poussent de côté
     en riant
 un homme qui s'accroupit
    pour refaire son lacet défait
une femme avec un enfant dans les bras
  qui s'appuie contre une affiche pour fouiller dans son sac
 un couple avec une poussette
   qui ralentissent en s'approchant d'un escalier
 un homme avec une plante dans les mains
   qui regarde le plafond de temps en temps pour être sûr de ne pas l'abîmer
 un couple aux cheveux blancs marchant lentement
   en se tenant par le bras
quatorze personnes avec chacun un lecteur de musique
  qui marchent au ryhtme de ce qu'ils écoutent
 une jeune fille qui ralentit
   absorbée par sa lecture

Imaginez
  toutes ces personnes
 imaginez les en train d'avancer
   de s'arrêter
  de se dépasser
 de s'éviter
   de se dévier
  de se regarder
  
Imaginez les
  en train de traverser ce couloir
 y entrer
    le quitter
  et puis imaginez-en d'autres
    qui les suivent
      les croisent
 et d'autres encore
    sans fin 


Imaginez les
Et puis oubliez
                tout
Réduisez les tous
    en deux catégories
  ceux qui veulent pouvoir marcher vite
      à leur rythme
      sans être ralentis
  ceux qui veulent pouvoir marcher lentement
      à leur rythme
      sans se faire bousculer
Deux catégories
  forcées
  ad hoc
  arbitraires
  absurdes
Deux catégories
  clairement
    énonçables
Deux catégories
  qui n'existent pas
Facile

Dois-je vraiment
  en choisir
     une
   au détriment de l'autre
     ?

Je ferais
  un très mauvais
     politicien

Par Shadow
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 14:42
Dans cinq cents ans
  on aura du mal à croire
 que
    nos ancêtres
        ces obscurs imbéciles antiques
  aient pu brûler de l'essence
    pour pousser des feuilles mortes
  ou
    pour faire avancer un nombre
       aussi
     inimaginables de voitures
 
  On aura du mal à expliquer ce qu'était une voiture
  On aura du mal à expliquer ce qu'était l'essence
 
 Quant aux feuilles mortes ...


Photo: lyssieU
Par Shadow
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Vendredi 13 mars 2009 5 13 /03 /Mars /2009 15:37


Je marchais
    mon sac sur l'épaule
  avançant lentement
 prisonnier temporaire d'une une chorégraphie de mille personnes
m'approchant de portiques dénués de tout vastitude
 quand je l'ai vue

Il aurait été impossible de la manquer

Elle se tenait
          droite
    plus droite que tous
  immanquablement droite
Plus droite encore
   que je ne pensais
      possible

Ses cheveux longs étaient simplement attachés
  une queue de cheval impeccable
Je ne me rappelle pas de qu'elle portait
  ses vêtements n'attirait pas l'attention en dehors d'elle
Aucun artifice

Il n'y avait rien 
  de voûté 
     chez cette femme
  aucune lourdeur
     aucune fatigue visible
   aucun ennui
 aucune nervosité
aucune dissimulation

Aux côtés de cet homme
 calme
   avec qui elle était là
elle allait à sa vie, faisait les choses à faire
  enlevait ses bottes, son manteau,
  passait le portique,
  échangeait quelques mots avec Cerbère,
  remettait ses bottes, son manteau
Il n'y avait aucune
   exaspération
  aucune impatience
  aucune humiliation
  aucune complication
 
Lui aussi a passé le portique
  Elle était une femme
    aux côtés d'un homme
Moins princesse que Reine

 

Elle a tourné son visage
   ses yeux ont croisés les miens
 Il y avait là toute la présence
    l'instantanéité
        d'un monde vivant
 D'un léger sourire
   elle m'a rendu mon regard
    et j'ai continué avec
   à avancer
         
Par Shadow
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Mardi 10 mars 2009 2 10 /03 /Mars /2009 14:30
Un parano de mes amis m'a dit que si les tépéhones portables sont interdits dans les avions, ce n'est pas parce qu'ils risquent d'interférer avec l'électronique de l'avion, non non non non non ... si les téléphones portables sont interdits dans les avions, c'est parce les compagnies veulent qu'on utilise les téléphones installés dans les avions, très chers, avec nos cartes de crédit. Oui oui oui.

Bon.

J'imagine que les compagnies qui n'offrent pas d'accès à un téléphone à bord de leurs avions se sont mises d'accord avec les autres ... pour éviter que ça se sache. Heureusement, lui, il sait.
J'imagine que les hôpitaux aussi, se sont mis d'accord avec les compagnies aériennes, pour continuer à maintenir ce mythe que les téléphones portables puissent être source d'interférences ... oui oui oui       
J'imagine que les compagnies interdisent l'utilisation de tous les appareils électroniques pendant le décollage et l'atterrissage parce qu'elles prévoient de nous forcer bientôt à utiliser leurs lecteurs MP3, leurs Nintendo DS, leurs lecteurs DVD, toujours très chers avec nos cartes de crédit ... tout ça juste pendant le décollage et l'atterissage ... ou alors, elles nous racontent ça, les compagnies aériennes, pour renforcer ce mythe à propos des interférences des téléphones portables ... et la preuve incontestable de ça, c'est qu'elles ont commeencé à raconter ça bien avant que les téléphones portables existent ... elles préparaient déjà le terrain ... oui oui oui
Ils sont très forts.


Et bien je vais vous dire, moi
  j'espère qu'il na pas complètement tort
     cet allumé-là
 et que les téléphones portables
    ne causent vraiment
           aucune
  interférences avec le contrôle de l'avion
...
parce qu'à côté de moi
  il y a quelqu'un qui appelle
    en ce moment
   depuis l'avion qui va bientôt atterrir
 Au moment du décollage
      tout à l'heure
    sa voisine avait consciencieusement recouvert ses oreilles avec sa capuche
      pour ne pas avoir à arrêter
         pendant quelques minutes
   la musique qu'elle écoutait
 
Oui
 j'espère qu'il a raison sur ce point
 oh oui
   parce que je crois que
                      rien
                      rien
                      rien
    n'arrêtera quelqu'un qui se convaincra
            que
                  cette fois
                  juste celle-la
                  juste pour lui
        ça ne posera aucun problème
 
  Même si vous équipez les hôtesses de battes de baseball
   et que vous les autorisez légalement
     à se défouler sur tous les bidules pris en fautes
    et même sur ceux qui ne peuvent se réfréner de tenir leurs proches au courant de leurs moindres mouvements pendant quelques minutes
        J'arrive, l'avion va atterrir !
    ou d'écouter les sept cents albums qu'ils ont en urgence sur les oreilles
  eh bien je crois
       moi
   qu'ils essaieraient quand même
  Dès que l'hôtesse aurait le dos tourné
     en murmurant dans les toilettes
     en chuchotant cachés sous un pull
     en se penchant très discrètement presque jusque par terre
 Il n'y aura rien à faire
   ni leur demander
   ni leur expliquer
   ni leur interdire
   ni leur confisquer
      ils en auraient un deuxième bien caché
Rien
   n'aura d'effet
 même si c'est moi qu'on autorisent à jouer de la massue à clous
  ils essaieront quand même
Comme en voiture

Juste cette fois, allez,
   y'aura pas d'problème ...
  comme d'hab
      moi j'peux
      j'sais ce que j'fais
    et puis personne ne l'verra
Et puis qui êtes-vous, vous
  pour me priver de ma liberté d'expression, comme ça !
 
Ben voyons.

J'espère qu'ils continueront
  seulement
  à
     m'amuser.
 Si pressés



Par Shadow
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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /Mars /2009 23:49


En Italie
le ciel
est
toujours
bleu

Par Shadow
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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 12:55
Juste en bas de l'hôtel, il y a un restaurant-bar-pub-brasserie. Pas une brasserie comme à Paris. Non, une brasserie qui brasse vraiment. Il font leur propre bierre, là-dedans. Il en font plusieurs modèles, il y en a de toutes les forces, de la plus légère à la plus violente, de la plus claire à la plus sombre. Pour tous les goûts, je vous dis. C'est pratique, c'est juste en bas, il n'y a qu'à descendre, sortir et dix mètres plus loin on n'a qu'une porte à pousser et c'est là. Même pas la peine d'aller affronter les éléments ce soir. Il pleut et il y a du vent mais peu importe, entre les deux portes, de l'une à l'autre, c'est couvert. Je descends donc, je sors donc, je parcours dix mètres à l'abri donc, je pousse une porte et je rentre. Il y a beaucoup de monde. Pas mal de bruit. J'avais envie de me vider la tête, ça tombe bien. Sur le mur du fond, celui qu'on ne peut pas passer, il y a un écran. Un grand écran. Et sur l'écran, il y a une pelouse. Une grande pelouse. Et sur la pelouse, il y a des hommes avec des shorts et des grandes chaussettes. Des joueurs de foot. C'est un match de foot, donc. Au risque de me répéter, j'avais envie de me vider la tête, ça ne tombe pas plus mal qu'il y a trois lignes. C'est un restaurant-bar-pub-brasserie qui est en fait une pizzeria. Il n'y a que des pizzas sur la carte, de la bière, qu'ils font eux-mêmes, n'allez pas demander une Kronenbourg là-dedans, et des fritures de machins trucs dont je ne reconnais aucun nom. Ce sera une pizza et un machin truc frit surprise, merci. Après trois secondes, la serveuse m'annonce le prix total. Je dis OK, j'avais fait moi aussi le calcul de tête et j'étais tombé sur le même résultat. J'aime bien faire des calculs simples moi-même quand j'ai l'occasion, ça me rassure. Je m'attends à ce qu'elle parte vers le pizzaiolo pour lui hurler le nom de ma pizza, mais non elle reste là, immobile, devant moi, simplement à me regarder. Je fais pareil. Une seconde. Deux secondes. Trois ... ça aurait pu être le début d'une très belle histoire, à base de pizza, de regards langoureux et de machins trucs frits, mais ce n'est pas du tout pour ça qu'elle reste là immobile à me regarder, pendant toutes ces intenses secondes. Constatant ma parfaite incompréhension de la véritable raison pour laquelle elle m'avait annoncé le prix total avant de s'immobiliser, elle se ranime et m'explique qu'il faut payer d'avance. Ah. Bon. D'accord. Tant pis pour ... bon, je paye. D'avance. Et si je n'aime pas ? Ce n'est pas une option. Pas ici. Donc, je décide que je vais aimer ce qu'on va me servir. Après tout je suis là pour me vider la tête. Et me remplir l'estomac. Je tourne les yeux devant vers l'écran. En haut, au milieu, le score. Zéro zéro. C'est juste le début du match. De chaque côté du score, trois lettres qui désignent les équipes. D'un côté ROM. De l'autre INT. Je regarde les shorts courir derrière les chaussettes. Quelques minutes. Me tête commence à se vider. Encore quelques minutes. Ma tête se vide encore un peu. Du coin de l'oeil je vois ma serveuse qui revient vers moi. Mais pas juste pour me regarder dans les yeux, elle a une pizza dans les mains. En fait, elle a une assiette dans les mains, et la pizza est dans l'assiette. Sinon, elle se serait brûlée. Elle contourne une table, deux, elle continue de s'approcher. Il lui reste un mètre à faire. Je ne regarde plus la serveuse. Je regarde la pizza. Je remarque que j'ai faim. Cinquante centimètres. Trente. Vingt. C'est à ce moment là, à quelques centimètres près, que toute la salle se met à hurler, plus fort que je n'ai jamais entendu hurler une salle de quatre-vingts personnes, à quelques chaussettes près. L'une des équipes vient de marquer. La serveuse ne regardait pas l'écran, sinon elle n'aurait pas pu contourner les tables et serait tombée et la pizza et l'assiette avec. Elle aurait brûlé un client. Elle connaît son métier. Mais du coup, elle n'avait donc pas vu le but venir. Pas plus que moi. C'est la pizza que j'ai vue venir. Juste devant la serveuse, qui a violemment sursauté à 1-0. Elle en a lâché l'assiette. Celle avec la pizza dedans. Mais il ne restait que trois centimètres à faire. S'ils avaient marqué trois secondes plus tôt, ç'aurait été pour mes chaussures. Là, c'est arrivé sur la table, avec l'assiette toujours sous la pizza. Un pour la table, zéro pour mes chaussures. La serveuse n'ose pas me regarder, elle a peut-être peur que je lui demande une remise en cash, elle repart. J'en profite pour lever les yeux vers l'écran. Subitement, je comprends la réaction de la salle. ROM 1, INT 0. ROM, c'est pour Rome, en fait, je réalise. Croyez-le ou non, je n'avais pas fait le lien entre les trois lettres de gauche et le fait que je suis à Rome, ce soir. Croyez-le ou non, là où je suis, on peut oublier qu'on est à Rome. Enfin, moi, j'ai réussi. J'avais probablement commencé à me vider la tête avant d'entrer dans le restaurant-bar-pub-brasserie-pizzeria, il faut croire. En fait, autour de moi, c'est rempli de Romains, qui regardent leur équipe jouer. Au foot. La serveuse n'avait pas une chance. La pizza s'en est bien sortie. Moi aussi. Je mange.
Pendant que j'attaque ma pizza, qui est excellente, il savent ce qu'ils font les Romains, je me rends compte que moi aussi j'ai envie que cette équipe gagne ce match. D'habitude, je m'en fous royalement, du foot, mais là, je suis entouré de Romains, à Rome, en train de manger une pizza, et l'équipe de Rome est en train de jouer, et les Romains autour de moi sont enthousiastes, la serveuse peut témoigner. Très enthousiastes. Contagieusement enthousiastes. Rapidement, je me retrouve donc à ne plus quitter l'écran des yeux, sauf pour m'assurer que c'est bien la pizza que je coupe avec mon couteau, et pas l'assiette vide à côté, ou les doigts d'un idiot qui les aurait laissé trainer dans mon assiette, fasciné qu'il aurait été comme moi par cette pelouse pleine de shorts et de chaussettes.
Un zéro, ça fait du bruit. Deux zéro aussi. Mais cette fois, je l'ai vu venir. Au moins deux secondes avant. Et puis cette fois, j'avais déjà la pizza sur ma table, il y avait moins de risque. Avec deux zéro, il y a un sentiment de sécurité qu'il n'y a pas à un zéro. On peut le sentir. La tension laisse place à encore plus d'enthousiasme. Je me surprends à ressentir le plaisir de me dire que l'équipe que je soutiens, depuis douze minutes déjà, a une bonne avance dans cette partie. La partie avance, la pizza aussi. Et puis c'est la mi-temps. J'en profite pour finir ma pizza et pour découvrir le machin truc frit qu'on vient de m'apporter. Ça a la taille d'un ... d'une ... ou peut-être d'un ... c'est frit, sans aucun doute. Je ne sais pas si je dois attaquer ça au couteau, ou alors si ça va se mettre à rouler d'un coup et sauter sur la table voisine, ou pire, dessous, ou bien si je dois prendre ça avec les doigts et mordre dedans, mais peut-être que je vais me brûler et hurler, faisant croire à tout le monde qu'un nouveau but vient d'être marqué. Une première pendant une mi-temps. Je m'aperçois que mon couteau est parti avec l'assiette qui soutenait ma pizza et que la serveuse attentive m'a enlevée pendant ma dernière bouchée. Plus de couteau, donc, j'attaque avec les doigts et les dents. Je ne me brûle pas, ni les doigts ni la langue, et c'est très bon. Comme décidé plus tôt. Dedans il y a du ... de la ... Le match recommence. Je finis de manger ce ... cette ... avec de nouveau les yeux rivés à l'écran. J'ai tout de même assez de connaissances en foot pour savoir que la deuxième mi-temps dure aussi longtemps que la première, c'est-à-dire quarante cinq minutes. Dans trois minutes, j'aurai fini cette ... ce ... et il me restera quarante minutes devant l'écran. Une pensée en entraînant une autre, je me dis que puisque je suis dans une brasserie-restaurant-brasserie-bar-brasserie-pub-brasserie-pizzeria-brasserie, je vais en profiter pour boire une bière. Ceux qui me connaissent peuvent commencer à s'inquiéter. Les autres verront venir. L'une des nombreuses bières de la carte s'appelle O'scura ... comment résister à un nom pareil. J'attrape une serveuse des yeux, j'en commande une bière en même temps qu'un autre ... machin truc frit, avec la bière, ça fera une éponge parfaite. Cette fois, quand elle m'annonce le prix, je souris, et je fouille dans ma poche. Et puis cette serveuse là, elle n'a pas d'aussi beaux yeux que la première. Peut-être après cinq ou six bières, je ne sais pas, comme si je pouvais savoir, mais là, j'en suis encore avant la première. J'ai la monnaie, elle part avec. Avant qu'elle ne revienne, j'ai le temps d'aller aux toilettes. Une pensée en entraînant une autre ...
Malheureux ! pendant que je me lave les mains, la salle se met à hurler de nouveau. Un hurlement aussi subit et violent que les deux précédents, mais déformé par la porte fermée entre la salle et moi. Un hurlement proprement déchirant, qui me fait sursauter. Quand on sursaute avec les mains sous l'eau, penché en avant, on prend le risque de s'arroser. Copieusement. Mon pantalon est noir, la lumière n'est pas très forte dans la salle, ça ne se verra pas. Je n'aurais pas pu être serveuse. Pas ici. Pas ce soir. Plein d'angoisse et d'eau fraîche, je retourne dans la salle. La bière est sur la table, le ... la ... aussi, et sur l'écran, ROM 2 - INT 1. Ah bon. Je réalise. Avec deux buts d'avance, on a un sentiment de sécurité qui n'existe pas, ou plus, quand il n'y a plus qu'un but d'écart. On peut le voir dans la salle. Il suffirait que ... ahhhhh ... ah oui, c'est déchirant, je vous dis. La tension est revenue. Chez les Romains, et chez moi aussi. J'en suis même soulagé d'avoir une bière devant moi. Et ce ... cette ...
Pendant une pause, je crois que l'arbitre avait trouvé qu'un des joueurs n'avait pas assez bien noué son lacet, on repasse le but que j'ai manqué, pendant que je vérifiais la température de l'eau avec mes jambes au travers de mon pantalon. Mais au lieu de ROM et INT, c'est "Roma" et "Inter" qui est affiché. Voilà mon soupçon confirmé, ROM c'est bien pour Rome. "Roma" en Italien, pour les débutants niveau zéro. Et ce sont donc bien bien Romains autour de moi. Quant à Inter, c'est une ville un peu plus au nord de l'Italie.
Un peu plus loin, il y a une table occupée par trois jeunes. Ils doivent avoir une vingtaine d'années. Chacun. Sur leur table, il y a bières. Une chacun. Et il y a aussi une montagne d'épluchures de cacahuètes. En fait, à part la place des trois bières, les épluchures recouvrent toute la table, et montent jusqu'à une quinzaine de centimètres au centre. L'un deux se lève, contourne une table et s'approche d'un tonneau qui est posé près de l'entrée, il plonge ses mains dedans et les ressort pleines de nouvelles cacahuètes. Un énorme poignée, qu'il rapporte en souriant vers sa table, et qu'il lâche sur la montagne d'épluchures. Une bonne partie des épluchures tombe par terre, et va rejoindre d'autres épluchures déjà au sol. En fait, il y en a partout sous leur table. Je remarque que ce n'est pas seulement sous leur table qu'il y en a, mais sous la plupart des tables. Et dessus aussi. Peut-être pas une montagne comme sur leur table à eux, mais une bonne couche quand même. C'est un peu plus compliqué qu'une pizzeria, ici.
La bière n'est pas censée être très forte. Mais elle est beaucoup plus forte en alcool que l'eau que je bois habituellement. Le verre est aussi beaucoup plus grand que le verre que je ne bois pas, habituellement. Et l'effet est beaucoup plus rapide qu'habituellement, c'est-à-dire quand je ne bois pas d'alcool. Me voilà donc avec la tête qui commence à tourner. Légèrement. Ce n'est pas désagréable. Je reprends une gorgée. En fait, c'est même plutôt agréable. J'admets. Sauf quand, absorbé par l'action qui se déroule à l'écran, j'oublie d'éloigner le verre de moi quand Rome marque son troisième but. La salle explose. Et ma gorgée de bière avec. Cette fois, je n'avais pas manqué le but lorsque je suis de nouveau devant le lavabo, et c'est exprès que je mets de l'eau sur ma chemise.
Je reviens dans la salle, et la salle entière est encore en effervescence. Il y a des épluchures de cacahuètes partout, même dans les endroits qui avaient encore été épargnés jusque là. Comme ma table. Je les mets par terre, c'est la coutume. Comme personne ne m'a volé mon ... ma ... je le finis en quelques bouchées joyeuses. Il reste aussi de la bière dans mon verre, je n'avais pas tout envoyé sur ma chemise. En fait, il en reste même une bonne quantité, que je bois lentement pendant que je remarque que de nouveau la tension a fait place à l'enthousiasme dans la salle. Les sourires sont plus larges. Les épluchures sont remplacées par des cacahuètes neuves. Ce tonneau est sans fin.
Quelques minutes de bonheur simple. Manger. Boire. Soutenir son équipe. Du pain et des jeux. Mais sans le pain, parce que comme j'ai fini mon ... ma ... il ne me reste plus qu'un verre de bière sur ma table. Loin d'être vide. Je ne rien commander de plus, j'ai déjà assez mangé. Et je laisse les cacahuètes aux spécialistes qui m'entourent. Je ne voudrais pas les priver.
Quelques minutes, disais-je. Oui, quelques minutes. Parce juste après, tout cela a commencé à se défaire. Ce n'est pas tellement que la bière ait eu un effet catastrophique, ni sur moi-même, ni sur le reste de la salle. C'est plutôt que les joueurs Interois, qui étaient restés à l'eau, ont marqué un second but. De nouveau un cri dans la salle. L'inquiétude était revenue. L'avance se trouvait de nouveau réduite à un seul but. Il suffirait que ... ahhh ... ce cri était encore une fois déchirant. On pouvait sentir l'angoisse monter. En même temps que les effets de la bière sur moi. Les visages étaient tendus. Il restait un quinzaine de minutes à jouer. Pourvu que.... C'est long quinze minutes. Suffisamment pour que mes trois voisins reprennent une autre bière. Chacun. Pour aider à apaiser leur tension, sans doute. Moi, la mienne me suffisait. La bière, je veux dire. A chaque fois que l'équipe Interienne s'approchait des buts Romains, la tension devenait plus palpable. A chaque fois que le ballon repartait au pied des Romains vers les buts Interains, la tension s'apaisait. Juste un peu. Imaginez ... il suffirait que ...
Et puis
  Et puis
Et puis, après cinq minutes, Inter a marqué un troisième but. Oui, Inter. Essayez d'imaginer. ROM 3 - INT 3. Horreur dans la salle. Effondrement. Par dépit, ce qui restait d'épluchures sur les tables a été poussé par terre. Tout était à refaire. Pire. Tout était défait. Il restait dix minutes à jouer. Dix courtes minutes. Dix minutes d'éternité. Plus personne n'osait rire. Et rares étaient ceux qui s'aventuraient à craquer une cacahuète. Tout pouvait arriver. Tout. Imaginez, il suffirait que ... ahhhhh ... nous n'avions pas encore perdu, mais nous n'avions plus gagné, et il suffirait que ... ahhh ... l'angoisse. L'angoisse. A peine soutenable.
Dix minutes pendant lesquelles la tension a certainement encore intensifié les effets de la bière que je finissais. Le ballon passait d'une équipe à l'autre, de plus en plus vite, de plus en plus risqué. Il fallait marquer. Vite. Très vite. A côté. Dommage. Le ballon repart, de l'autre côté. A côté encore. Ouf. A chaque action tentée, trop vite, manquée, on entendait la tension se relâcher d'un coup dans toute la salle. Et puis ça se retendait aussitôt. On aurait entendu une cacahuète voler. D'ailleurs, parfois, on les entendait.
Et puis
  Et puis
Et puis dix minutes sont passées. Et puis personne n'a marqué d'autre but. Ni les Romains. Ni les Interaux. Et puis tout le monde a été déçu de ne pas avoir gagné. Et puis certains ont tout de même été soulagés de ne pas avoir perdu. Et puis la salle s'est vidée d'un seul coup. Et puis il y avait un million d'épluchures de cacahuètes par terre. Et puis il y avait des verres vides partout. Et puis j'ai l'impression d'être complètement ivre, maintenant, et épuisé par tant d'émotions. Et puis les dix mètres ont l'air plus long dans l'autre sens, et le chemin à l'air beaucoup moins droit. Tout ça pour un match nul.
Et puis j'en oublie que j'ai la tête vide.
Par Shadow
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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 11:05

Moi
  c'est pour
           Nutella
   que je
           votera

    
Par Shadow
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